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l’agir sans classes et sans luttes


Par : ahmedslama

Avec un titre pareil : agir non agir [sans majuscules] éléments pour une poésie de la résistance écologique il y avait de quoi s’enthousiasmer. Ce n’est pas tous les jours qu’un poète (traducteur et écrivain) de la trempe de Pierre Vinclair s’attelle à une telle tâche, celle de ramener un peu de politique dans le corps du poème et plus généralement de cette chose vague et sans bornes que nous appelons toutes et tous littérature.




Pierre Vinclair, agir non agir, éléments pour une poésie de la résistance écologique, José Corti, coll. en lisant en écrivant, 2020, 215 pp., 19,00€.

À l’heure où le champ littéraire ne semble pouvoir s’enflammer que pour défendre des positions éminemment réactionnaires, qu’il s’agisse d’attaquer (harceler ?) une militante ayant décidé d’opérer un choix dans ses lectures, du changement opéré dans le titre raciste d’un roman ou encore sur les questions de l’identité de tel·le ou tel·le traductrice ou traducteur... Dans ce climat, l’ouvrage de Pierre Vinclair tranche radicalement avec un champ littéraire qui semble rétif à tout changement, sourd aux dynamiques et aux luttes sociales qui l’entourent. Il s’agira donc, dans et par le poème, d’agir ! Avec, comme fil conducteur, comme étincelle « l’écologie » ou ce que nomme l’auteur « la résistance écologique ». Même si l’intention est louable et doit être mise en valeur, il y a malheureusement des manquements.

Bien évidemment face à de telles questions la binarité n’est pas de mise, voilà pourquoi je voudrais que cet article soit plus une discussion qu’une recension, un échange qui s’articulerait d’abord autour de considérations politiques (philosophiques ?) , la seconde partie de l’article quant à elle se voudra plus « littéraire ».

Anthropocène vs Capitalocène :

Un manifeste prête à la discussion, aux débats, un manifeste n’est pas (for)clos, plus particulièrement quand il représente une sorte de pavé lancé dans la mare (un peu trop) tranquille de la poésie et plus généralement de la littérature. Commençons d’abord par ce qui semble avoir suscité ce manifeste et qui se trouve inscrit sur la couverture de l’ouvrage : « la résistance écologique », et plus largement la question de l’écologie.

Une première interrogation surgit, de quelle écologie (ou de résistance écologique) parle-t-on ? Dit et formulé ainsi, c’est vague, c’est creux, on peut y mettre ce qu’on veut dans l’écologie. Sans lutte des classes, sans une critique radicale du productivisme et du capitalisme, il n’y a pas d’écologie ; le concept même ne tient pas. Et c’est la plus grande faiblesse de ce manifeste, ce qui le rend inaudible et illisible dès que l’on sort de la sphère de la poésie et de la littérature. En effet, les références sont parfois peu rigoureuses [1]. Les idées développées ne sont qu’une reprise du magma informe des discours les plus éculés, la conception de l’Anthropocène la plus partagée ; à peu de chose près celle que l’on peut trouver du côté de Wikipédia. Pas d’Andréas Malm, ici, pas de Jason Moore, pas de Jean-Baptiste Fressoz ou de Christophe Bonneuil et encore moins d’Armel Campagne ? Non, on n’entendra pas parler de capitalisme, aucune occurrence du terme jusqu’à la page 154.

On préférera se masquer derrière des discours tout à fait creux et sans substance, on point alors la « responsabilité systémique » [p.11] sans nommer ce système, le capitalisme. On nous dit que « les hommes ont tout de même une prise sur le système, par la politique (…), ou le travail des associations (…). » Cette notion générique d’« hommes » est tout à fait problématique pour plusieurs raisons - que nous allons voir plus loin. Et pourquoi ne pas parler d’êtres humains ? Les femmes n’ont-elles pas un rôle à jouer ? A-t-on vraiment prise sur quoi que ce soit par LA politique ? Distinguons la politique du politique. La farce de la démocratie représentative tient-elle encore pour l’auteur ? Les associations ont-elles vraiment prise sur le « système » que dénonce Pierre Vinclair ?

Les luttes sociales ne semblent donc pas faire figure de la solution. Nous sommes clairement dans une perspective réformiste qui, depuis des siècles maintenant, a montré toutes ses limites.

Autre problème, on ne peut parler d’une manière aussi légère d’Anthropocène, sans même questionner le concept. Définissons-le d’abord dans son acception la plus répandue : « l’époque de l’histoire de la terre caractérisant l’ensemble des événements géologiques qui se sont produits depuis que les activités humaines ont une incidence globale significative sur l’écosystème terrestre. » [2] Même si Pierre Vinclair tente un bref résumé en s’appuyant sur différents auteurs [3] :

« … l’activité humaine a des conséquences géologiques visibles au moins depuis la découverte de l’Amérique et le massacre des populations indigènes consécutif (…). Mais c’est peut-être depuis l’invention de la machine à vapeur par Thomas Newcomen en 1712, suivie par la révolution industrielle que les choses se sont accélérées. Ou même, plus récemment, avec les bombes atomiques de Nagazaki et Hiroshima (les experts de Leicester choisissent 1945 comme départ de l’Anthropocène). »[p.95]

Je trouve assez surprenant qu’un poète et un poète aussi attentif à la langue et au langage que Pierre Vinclair ne questionne pas le néologisme forgé pour désigner cette ère que nous traversons. Ce que parler d’Anthropocène veut dire. Ce néologisme, formé de anthropos, « être humain » et kainos, « nouveau » – suffixe relatif à une époque géologique. Mais ce que d’aucuns s’accordent à nommer Anthropocène – comme le montre le développement de Vinclair – n’est pas tant relatif à l’être humain en soi, l’histoire de l’humanité ne commence pas avec le XVIIème siècle. La vie humaine sur terre n’a pas toujours été synonyme d’Anthropocène. Et même les sources sur lesquelles s’appuie Vinclair semblent confirmer que cette ère ne débute qu’au XVIIème siècle, siècle marquant l’avènement (en Angleterre) d’un système qui n’a cessé de s’épandre et de se développer : le capitalisme [4].

Imputer donc cet impact profond et durable sur la terre à l’être humain ou son activité en général implique une posture philosophique tout à fait dangereuse et terrifiante, celle d’une certaine essence « destructrice » de l’être humain. Cela est d’autant plus vrai lorsque le système qui a suscité cette activité destructrice n’est pas nommé ; le capitalisme. Ce qui nous amène à un autre point, en n’évoquant pas le capitalisme en tant qu’organisation sociale, nous passons à côté de la division sociale du travail qui le sous-tend, nous passons à côté des différentes classes sociales qui n’ont pas les mêmes responsabilités vis-à-vis de ce que nomme Vinclair « la catastrophe ». On ne peut raisonnablement pas mettre sur le même plan, une travailleuse du textile au Bangladesh et les capitalistes qui l’exploitent. Voilà pourquoi on ne peut décemment pas imputer la destruction du vivant à l’être humain en tant que masse indifférenciée.

Poursuivons la lecture de cette page 95 pour aller au bout de l’argumentaire développé.

« Sans aller jusqu’à paraphraser les rapports alarmants, il est justifiable de pointer le lien entre rationalité technique de l’ingénieur (celle qui permet de construire des machines à vapeur, des bateaux emportant les crevettes danoises au Maroc pour les faire dépiauter moins cher avant de les ramener au Danemark pour les vendre dépiautées, mais aussi des IRM et des outils médicaux) et la catastrophe »[p.95]

S’agit-il seulement de « rationalité technique » ? L’exemple qui nous est présenté [5] recoupe d’abord et avant tout une rationalité économique, rationalité capitalistique. Ce n’est pas la machine à vapeur que l’on doit (re)mettre en cause, mais son usage, ce n’est pas la « technique » qui doit être pointée, plutôt le fait que cette « technique » soit assujettie à un mode de production - capitaliste et marchand dans le cas qui nous occupe - visant à maximiser les profits et à réduire les coûts de la production en passant par l’exploitation de femmes et d’hommes de par le monde afin d’aller chercher la « main d’œuvre » la moins chère faisant fi de toute rationalité écologique, puisque c’est encore une fois l’économique qui prime.

À ce stade, peut-on encore parler d’Anthropocène ? Ce n’est pas tant l’être humain qui est responsable qu’une organisation sociale imposée et qui profite au plus petit nombre et tue le plus grand. En omettant, encore une fois, d’évoquer le capitalisme, en tant qu’organisation sociale, et les classes sociales, voici un lien dangereux qui s’esquisse entre « technique » et « catastrophe ». Lien qui peut sonner comme une sorte dichotomie [opposition] entre « nature » et « culture ». Pourtant, dès les premières pages, l’auteur affirme et soutien qu’il se situe par-delà cette dualité, s’appuyant sur Philippe Descola, il interprète le concept de « sauvage » comme « représentation ».

« Descola invite moins à se priver du concept de sauvage qu’à considérer telle chose que l’un juge sauvage, peut ne pas l’être pour autrui. C’est d’autant plus le cas à partir du moment où un reversement politique (dû à la violence de la catastrophe écologique) nous fait maintenant louer le sauvage et critiquer la civilisation, perçue comme responsable. (…) Mais s’il s’agit maintenant de protéger les forêts de l’extension du béton, et d’éviter que les animaux qui y vivent soient éradiqués de la Terre au profit des seuls humains et de leurs animaux domestiques, peut-être pourra-t-on considérer qu’en réalité les Achuars n’ont pas domestiqué la forêt au même titre que le feraient les ingénieurs des multinationales. »[p.21].

Prenons l’énoncé par sa fin, pourquoi sont-ce d’abord les « ingénieurs » qui se trouvent pointés et non pas les multinationales ? Sans oublier que l’on fait l’impasse sur la différence principale entre l’organisation sociale des Achuars et celle sous le joug de laquelle nous (sur)vivons. Pas de travail, pas de marchandise, pas de capitalisme chez les Achuars. Omettant de parler de capitalisme, de le nommer et de tirer les conséquences de cette organisation sociale, nous passons à côté de l’essentiel. Pourtant Descola, dans l’ouvrage cité, traite la question de manière radicale [6]. Et face à cette carence conceptuelle, nous ne pouvons que tomber dans une rhétorique de la catastrophe et dans ce que l’on nomme la collapsologie et ses figures bien connues aujourd’hui, Pablo Servigne ou encore Yves Cochet [7]. La collapsologie qui, loin d’opérer une critique radicale, brandit simplement la menace de la « chute », de l’effondrement prochain, sans articuler sa réflexion dans un cadre et un agencement plus global, minorant les luttes contre le travail, les luttes anti-racistes, anti-patriarcales et anti-validistes. [8]

Pourquoi donc cette occultation du concept de capitalisme ? Particulièrement quand il s’agit d’articuler poème et écologie, littérature et écologie ? Est-ce un gros mot, anticapitaliste, en littérature ? Il y a comme ça, dans le champ de la critique littéraire et de la littérature des mots lourds, que l’on s’abstient de prononcer comme si cela vous faisait sortir du champ littéraire de manière irrémédiable. En son temps Roland Barthes avait décrit, dans un article fameux La critique ni-ni, la manière dont, dans le champ littéraire et artistique, il y a des mots proscrits. Encore aujourd’hui, anticapitalisme semble en faire partie. Pour rester, subsister dans le champ de la représentation d’un manifeste littéraire, il est comme ça des mots et des concepts qu’il faut éviter à tout prix. C’est un tort qui fait le plus souvent passer le champ littéraire pour plus bête qu’il n’est. Mais puisque nous nous trouvons dans ce champ, en littérature, et plus précisément dans le poème passons désormais à la seconde partie de cette critique, elle aura trait aux réflexions tout à fait stimulantes que développe Pierre Vinclair vis-à-vis de l’écriture.

Agir par le poème :

Comment agir, dans et par le poème agir sur le monde ?

C’est à cette interrogation que Pierre Vinclair se propose de répondre, pas tant d’un point de vue théorique [9]. Il s’agit avant tout d’un manifeste où Pierre Vinclair... manifeste sa volonté d’engager le poème vers des voies plus éthiques [10]. Que le poème ne soit pas et ne reste pas cet objet clos, refermé sur lui-même.

« [Ces pages] ne forment pas un traité théorique. Il s’agit plutôt d’un manifeste ; ou, mieux qu’un manifeste (…) une tentative d’éclaircir à la machette théorique, le chemin que j’ai essayé par ailleurs d’emprunter, dans la pratique poétique, en écrivant la sauvagerie » [p.14]

Pierre Vinclair parvient avec une grande acuité à articuler l’interrogation au sujet de ce que peut le poème dans l’organisation sociale actuelle, et ce sans tomber dans l’écueil de l’« engagement » tel que formulé, en son temps, par Jean-Paul Sartre. Nous ne sommes certainement pas dans une perspective où le poème (ou plus généralement l’œuvre littéraire puisqu’on parle aussi bien de Samuel Beckett que de Marcel Proust) serait porteur d’un « message » – pour reprendre les mots de Vinclair – univoque et uniforme. Mais agencer, dans et par l’écriture, au sein même du poème, les potentialités d’une lutte ou d’un agir.

« … le poème (…) est un morceau de langage, qui dit quelque chose – qui peut défendre ou attaquer, peut-être. » [p.17]

Pour répondre à cette interrogation, Vinclair mobilise tout un ensemble de poètes·ses – de Maurice Scève à Jean-Michel Maulpoix et Fabienne Raphoz en passant par Henry David Thoreau – et s’interroge sur la manière dont le poème peut devenir sauvage [11].

« ... quelque chose est sauvage quand son développement ne suit pas un plan tracé d’idées, quand il n’est pas orienté par une pensée cherchant des fins. » [p.20]

Le poème, pour Pierre Vinclair, ne se réduisant pas à sa référentialité. Il ne suffit pas d’exprimer de manière univoque sa lutte pour que l’on fasse un poème politique, ou, dans le cas de l’auteur, un poème sauvage.

Si le poème est un animal, c’est donc au sens où il parvient à incarner dans le langage, sur une page, dans des vers, une présence sauvage, brutale et opaque, qui bouge et qui vit – plutôt qu’elle n’a du sens. Une sorte de corps, indépendant, autosuffisant, composé de différentes logiques qui ne se soumettent pas à une signification décidée par l’intention d’un poète [ou d’une poétesse]. » [p.39]

S’appuyant sur des figures consacrées telles que Ted Hughes, mais également sur sa pratique, à lui, du poème, de l’écriture, nous emmenant dans les arrières-cuisines de l’écriture du recueil La sauvagerie [Corti, 2020] qui se veut le pendant pratique de ce manifeste. Nous montrant la manière de faire poème, d’écrire, geste qui déconstruit la mythologie – encore bien ancrée dans la représentation collective – de l’écriture comme don, de la poésie (et de la littérature) comme inspiration éthérée.

« Composant un ensemble de poèmes sur le monde sauvage, je lis bien sûr quelques livres imprimés, mais combien aussi de livres et d’articles pdf téléchargés » [p.71]

Il y a pourtant une sorte de paradoxe savoureux à lire ainsi Pierre Vinclair nous expliquer la manière dont il se renseigne et se documente avant d’écrire. Pour ensuite nous parler d’« état chamanique » lors de la composition du poème. Mais nous ne sommes pas dans le régime théorique, il s’agit d’abord et avant tout d’un manifeste et c’est bien pour cela qu’il ne faudrait pas trop tenir rigueur à certains énoncés qui recoupent la mythologie de « l’individu-poète-libre-et-détaché » de l’emprise des déterminismes.

« Une chose est d’essayer de faire de son poème un animal et de son livre une image de la nature comme tout, une autre d’avoir un effet positif sur la catastrophe écologique. Or, c’était bien la question initiale : que peut faire la poésie, contre le saccage en cours ? » [p.81]

Ainsi s’agit-il de faire du poème une action, action et poésie, agir dans et par le poème. On est étonné alors que, pour (tenter de) répondre à cette question, Vinclair mobilise si peu de références, elles ne manquent pourtant pas, qu’il s’agisse de Dada ou du surréalisme, de l’internationale lettriste ou encore des situationnistes, des futuristes (russes), on pourrait également penser à des figures telles que Pierre Reverdy ou Angéline Neuveu, ou, plus proche de nous, Ivar Ch’vavar [12], Nathalie Quintane ou encore Liliane Giraudon – nous pourrions en citer bien d’autres, la liste est longue. Et c’est peut-être là, le principal regret, il eut été particulièrement fructueux de voir ces questionnements quant à la sauvagerie, le poème sauvage, confrontés aux différentes tentatives passées de lier poésie et agir, poésie et action et ne pas simplement se retrancher derrière les « fameux » Feuillets d’hypnos de René Char. Ne pas sortir des canons et des références à fort capital symbolique (scolaire ?) semblant être un crédo.

Là où Pierre Vinclair est fascinant, en revanche, c’est quand il tisse des pages stimulantes autour du collectif, de l’écriture collective, non pour créer un « comité fusionnel », mais en vue d’agencer une « création collective (où œuvrent de concert un ensemble d’individualités qui restent identifiables) assur[ant] à la fois une pluralité cohérente d’actions et une puissance décuplée pour chacune d’elles (…). Chaque action s’adosse à celle des autres, est relayée par elle. »[p.163] Mettre du collectif là où l’individuel écrase tout. « Collective, la poésie trouve peut-être une chance de redevenir un fait social. »[p.187] Mais pour qu’elle le redevienne, sociale, peut-être faudrait-il que le questionnement de Pierre Vinclair ne se limite pas au catastrophisme écologique.

𝗔𝗵𝗺𝗲𝗱 𝗦𝗹𝗮𝗺𝗮

Concernant la question du capitalocène :

À écouter l’émission de Sortir du capitalisme qui va aux racines du capitalisme producteur de dérèglement climatique et de pandémies à partir du livre d’Andreas Malm La chauve-souris et le capital. Stratégie pour l’urgence chronique (La Fabrique, 2020)

Lire les interventions d’Armel Campagne, auteur de Le Capitalocène. Aux racines historiques du dérèglement climatique, Paris, Divergences, 2017 :





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[1À titre d’exemple, Elizabeth Kolbert - La 6ème Extinction - Comment l’homme détruit la vie, tr Marcel Blanc, La Librairie Vuibert, 2015

[2Le terme Anthropocène a été popularisé à la fin du XXe siècle par le météorologue et chimiste de l’atmosphère Paul Josef Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995 et par Eugene Stoermer, biologiste.

[3À titre d’exemple : Simon L. Lewis, Marl A. Maslin, How We Ceated the Athropocene, Pinguin Book, 2018.

[4Voir Ellen Meiksins Wood, L’origine du capitalisme, Une étude approfondie, Lux, 2009.

[5Clin d’œil à un roman d’Arno Bertina, signalé par l’auteur.

[6« L’échange (de type marchand) ou la protection (des citoyens par l’État) sont ainsi des valeurs centrales des démocraties modernes, mais dont les avantages ne s’étendent guère jusqu’aux non-­humains, repoussés à la périphérie des collectifs par leur défaut de conscience réflexive et de sens moral. On ne passe pas contrat avec des plantes, des animaux, des machines ou des gènes, objets et non sujets de transactions ; la protection qui leur est accordée découle de l’intérêt que les humains tirent de leur contrôle et de leur bonne conservation, non de leur inclusion de plein droit dans la sphère des interactions sociales, comme ce serait le cas dans les forêts d’Amazonie ou les savanes de l’Afrique nilotique. Il est vrai que, dans sa variante capitaliste, le naturalisme a su déguiser cette subordination en conférant la prépondérance à la production des non-humains comme condition de leur échange : avec le fétichisme de la marchandise, on le sait, les relations entre les personnes dans leur travail tendent à se présenter comme un rapport où des choses se lient entre elles, par contraste avec l’animisme, par exemple, où, dans le langage de Marx, ce seraient plutôt des choses se liant entre elles qui s’imaginent nouer un rapport entre personnes. Mais ce travestissement n’est jamais parfait en ce qu’il faudrait, pour enfouir les sources de l’aliénation capitaliste sous un voile impénétrable, concéder aux choses une autonomie plus grande qu’aux personnes en leur reconnaissant, avec le libre arbitre, la faculté de disposer sans entraves de ceux qui les produisent et les échangent. »

Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Gallimard, coll. Folio Essai, p.673.

[7Non cité dans agir non agir.

[8Pour une critique radicale de la collapsologie je vous renvoie aux interventions récentes de Benoît-Bohy Bunel : à Lire ici, et à écouter

[9Il ne faudrait surtout pas commettre l’erreur de lire cet agir non agir comme un livre théorique, nous en sommes loin.

[10Seulement et uniquement sous le prisme non pas écologiste ou écologique, mais « écologisant » ; cette éthique ne semblant pas s’articuler avec la lutte contre le patriarcat, l’antiracisme, le validisme...etc. Nous l’avons assez dit dans la première partie.

[11sauvage en tant que représentation, construction – comme je l’évoquais plus haut.

[12Cité dans le manifeste, mais pas dans ce cadre-ci.